uyuni-salar-035


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Aux confins de l’Altiplano, au cœur du plateau Bolivien, à prés de 3700 m d’altitude, la région “Intersalar” semble souvent aux Boliviens, lointaine et retirée (soit 800 Km de piste depuis la Paz). Elle couvre une superficie d’environ 10 000 Km2. Les Salares d’Uyuni et de Coipasa sont les plus hautes et les plus vastes salines du monde. Comme le souligne déjà Alonzo Barba en 1640:

…Ce nest pas la moindre merveille de ce nouveau monde, que cette parcelle de mer écaillée de sel cristallin qui se trouve dans les Lipez et les Salines appelées Garci Mendoza. Je leur donne ce nom en raison de leur grande extension, car dans leur section la plus courte, elles mesurent seize lieux de long et quatre de large ou plus encore, et parce que des puits très profonds et insondables ont étés découverts au milieu de cet espace immense, et qu’on y a vu d’énormes poissons domestiques. La traversée de cette vaste plaine présente de grands dangers pour la vue, car la blancheur provoquée par la réflexion du soleil sur cette étendue cristalline peut rendre aveugle si l’on a pris soin de se protéger les yeux avec des fichus noirs, mais aussi pour la vie, car il est arrivé que le promeneur et son attelage s’y enfoncent sans qu’on ne retrouve jamais le signe ou la trace de leur passage.”

Pour les populations indiennes riveraines, le sel qui en est extrait constitue une denrée vitale et une importante monnaie d’échange. Transporté chaque année par caravanes de lamas, (et depuis quelques années par camions), de la “puna” stérile aux rivages de l’Océan Pacifique ou aux vallées fertiles du piémont Amazonien, il leur permet d’obtenir, par le troc, les produits que leur refuse le climat inhospitalier de leur terre: maïs, coca, miel, bois, plumes, etc…
Pour celui qui y pénètre, c’est un lieu inhospitalier, aux décors sauvages et grandioses, ou l’homme ne semble pas avoir sa place. Enchâssée au sein d’immenses plateaux salés et dénudés, dominée au ponant par de hauts pics enneigés, la région montre un relief accidenté et rehaussé de nombreux volcans. Le sol y est désertique, le climat quasi polaire et les vents y soufflent en de brusques rafales glacées. Quelle que soit la région, le sel est généralement recueilli deux fois par an: peu après la saison des pluies, de Février à Mai, et juste après l’hiver, de Septembre à Novembre. En raison des conditions climatiques extrêmes régnant à cette altitude, ce travail est en grande partie soumis au rythme des saisons.
En effet, à la saison sèche, de Juin à Septembre, les Salares se présentent en superficie, comme d’immenses étendues planes, recouvertes d’une croûte de sel ou d’évaporite, épaisse de 50 à 60 cm en moyenne, reposant sur des sédiments lacustres ou des saumures. La dureté su sel , accentué par les basses températures (-20 à -30°), rend toute tentative d’exploitation impossible. Sous l’effet du sel, il n’est pas rare que les instruments utilisés (barres à mine, haches, pioche) s’émoussent ou se brisent.
A la saison des pluies, de Décembre à Février, au contraire, les eaux s’accumulent lentement dans chaque bassin et viennent progressivement les remettre en eau. Le paysage change alors radicalement ; les jours ventés , les salares prennent parfois l’apparence de grands lacs , dont les eaux reflètent le bleu du ciel à l’infini, en provoquant des phénomènes de mirage. La remise en eau des deux bassins Salins est un phénomène d’une grande ampleur, qui parait-il est particulièrement impressionnant et qui semble être à l’origine de nombreux mythes locaux. L’horizon n’est alors marqué que par les cônes enneigés des volcans qui surplombent la cordillère occidentale et semblent flotter dans l’air. Malheureusement je n’ai pas eu la chance d’assister à ce spectacle ni, du reste, au départ des transhumances de sel, du fait de mon passage sur le salar en Novembre.
Mon travail sur ce reportage s’est donc restreint à photographier l’exploitation du sel par les indiens Aymaras de la région de Colchani.
Je tiens à remercier Patrice LECOQ, ethnologue et archéologue à l’IFEA (institut Français d’études Andines), pour m’avoir recommandé auprès des autorités locales et pour m’avoir fait bénéficier de son expérience pratique du terrain. Ce texte a été écrit en partie, d’après sa thèse de Doctorat.
Photographe: © Hervé JULLIAN herve.jullian/perso/uyuni%20tout.html

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